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Le lieu de votre mariage détermine presque tout lorsqu’il s’agit de divorcer en Thaïlande : une simple visite au bureau du district réglée en une journée, ou plusieurs mois de procédure devant le tribunal des affaires familiales. Voici comment fonctionnent ces deux voies, et ce qu’un divorce change pour vos biens, vos enfants et votre visa.
Voici ce que la plupart des gens comprennent mal à propos du divorce en Thaïlande : votre lieu de résidence actuel compte beaucoup moins que le lieu où vous vous êtes mariés. Un couple qui s’est marié dans un bureau de district à Chiang Mai peut se séparer en un après-midi. Un couple marié dans son pays d’origine puis installé en Thaïlande ne le peut pas, même s’il est d’accord sur tout et souhaite simplement en finir rapidement.
Ce seul détail façonne toute la procédure : il détermine si vous vous présentez dans un bureau de district ou devant un tribunal, combien de temps cela prendra et combien cela coûtera.
Dans ce guide, je vous explique les deux voies possibles, ce qu’il advient de vos biens et de vos enfants, ainsi que l’aspect que beaucoup oublient jusqu’au dernier moment : l’effet d’un divorce sur votre visa.
Points clés
- La possibilité de divorcer au bureau du district ou l’obligation de passer par le tribunal dépend du lieu de votre mariage, pas de votre lieu de résidence actuel.
- Un divorce à l’amphur se règle en une journée et coûte presque rien, mais seulement si vous êtes tous deux d’accord et que votre mariage figure au registre thaïlandais.
- Un mariage enregistré à l’étranger doit passer par le tribunal des affaires familiales, sauf si vous l’enregistrez d’abord en Thaïlande.
- Un divorce contentieux devant le tribunal nécessite un avocat thaïlandais et peut coûter de 50 000 THB à plusieurs centaines de milliers de bahts.
- Les biens acquis pendant le mariage sont partagés à parts égales, même si seul le nom de votre conjoint figure dessus.
- Un conjoint étranger ayant financé un bien peut récupérer sa contribution prouvée, d’où l’intérêt de conserver ses justificatifs.
- Votre visa de mariage prend fin dès que le divorce est prononcé : prévoyez donc un nouveau visa avant de finaliser quoi que ce soit.
Contents
- Points clés
- Les deux façons de divorcer en Thaïlande
- Le divorce administratif à l'amphur
- Le divorce judiciaire (contentieux)
- Le partage des biens : sin somros et sin suan tua
- La garde des enfants
- Ce qu'il advient de votre visa de mariage
- Faire valoir votre divorce thaïlandais à l'étranger
- Questions fréquentes
- Un bref avertissement
Les deux façons de divorcer en Thaïlande
La Thaïlande offre deux voies pour mettre fin à un mariage.
- Divorce administratif : une séparation à l’amiable enregistrée au bureau de district local, appelé l’amphur. Rapide, peu coûteux, sans besoin d’avocat.
- Divorce judiciaire : une procédure contentieuse portée devant le tribunal des affaires familiales. Plus longue, plus coûteuse, et nécessitant un avocat thaïlandais.
Le choix se résume à deux questions. Vous et votre conjoint êtes-vous d’accord sur tout ? Et où votre mariage a-t-il été enregistré ? Si vous vous entendez sur l’ensemble des termes et que votre mariage figure au registre civil thaïlandais, la voie de l’amphur vous est ouverte. En cas de désaccord, ou si votre mariage a été enregistré dans un autre pays, direction le tribunal.
Examinons chaque voie séparément.
Le divorce administratif à l’amphur
C’est la solution la plus simple. Si vous souhaitez tous deux mettre fin au mariage et que vous vous accordez sur les termes, vous pouvez enregistrer le divorce dans le même type de bureau où sont inscrits les mariages thaïlandais.
Qui peut y avoir recours
Deux conditions doivent être réunies.
- Vous êtes tous deux d’accord pour divorcer et vous vous entendez sur les termes, à savoir les biens, les éventuels enfants et la pension
- Votre mariage est enregistré dans le système thaïlandais
Ce second point piège beaucoup de couples étrangers. Si vous vous êtes mariés à l’étranger sans jamais enregistrer ce mariage auprès d’un amphur thaïlandais, le bureau de district ne peut pas prononcer votre divorce, même dans la plus parfaite entente. Un certificat de mariage étranger ne suffit pas à lui seul. Il faut soit enregistrer le mariage en Thaïlande au préalable, soit passer par le tribunal.
Si l’un des conjoints refuse de se présenter ou de s’accorder sur les termes, la voie de l’amphur est également exclue : elle ne fonctionne que si les deux parties coopèrent.
Documents nécessaires
Munissez-vous des documents suivants :
- Les cartes d’identité ou passeports des deux conjoints
- Votre certificat de mariage thaïlandais (ou les documents d’enregistrement du domicile, si demandés)
- Un accord de divorce écrit couvrant les biens, la garde des enfants et une éventuelle pension
- Deux témoins
L’accord de divorce mérite qu’on y consacre du temps. Ce que vous y écrivez, vous le signez tous les deux, et cela devient la règle du jeu. Réglez la question de qui garde quoi et qui s’occupe des enfants avant de vous présenter au guichet, pas sur place.
Comment procéder
Vous vous rendez tous deux en personne à l’amphur, idéalement celui où le mariage a été enregistré, accompagnés de vos deux témoins. Vous remettez les documents et l’accord signé, l’agent vérifie l’ensemble, puis vous signez tous deux le registre des divorces.
Si les documents sont en règle, vous repartez le jour même avec votre certificat de divorce en main. Voilà, c’est fait.
Coût et délais
Un divorce administratif est quasiment gratuit : comptez de petits frais d’enregistrement, et l’ensemble se règle généralement en une seule visite. Aucun avocat n’est requis, bien que certains couples en engagent tout de même un pour rédiger l’accord de divorce et ne rien laisser de côté.
Le divorce judiciaire (contentieux)
Lorsque vous n’arrivez pas à vous entendre, ou que l’amphur ne peut pas traiter votre dossier, l’affaire est portée devant le tribunal des affaires familiales de Thaïlande. C’est la voie la plus longue et la plus coûteuse, mieux vaut alors s’entourer d’un avocat.
Qui doit y recourir
Vous relevez du tribunal si l’une des situations suivantes s’applique :
- L’un des conjoints souhaite divorcer et l’autre refuse
- Vous êtes en désaccord sur les biens, les enfants ou la pension
- Votre mariage a été enregistré à l’étranger et non en Thaïlande, si bien que l’amphur ne peut pas traiter votre dossier même si vous êtes d’accord tous les deux
Ce dernier cas prend souvent les gens de court : un couple en parfait accord marié à l’étranger peut malgré tout se retrouver devant un juge, uniquement à cause du lieu où il a signé le registre.
Motifs de divorce
On ne peut pas simplement déclarer à un tribunal thaïlandais qu’on ne s’aime plus. Un divorce contentieux doit reposer sur l’un des motifs légaux prévus par l’article 1516 du Code civil et commercial. Il en existe une douzaine environ, dont les plus courants :
- L’adultère, ou le fait d’entretenir une autre relation comme époux ou épouse
- L’abandon du domicile pendant plus d’un an
- Une faute grave, de la cruauté ou des violences
- Le manquement à l’obligation d’entretien envers l’autre conjoint
- La séparation de fait depuis plus de trois ans
- L’emprisonnement, la démence ou une maladie grave incurable
Un détail compte lorsqu’un étranger est impliqué : le droit que le tribunal applique. Si les deux conjoints partagent la même nationalité étrangère, un tribunal thaïlandais peut appliquer les motifs reconnus par leur pays d’origine. Si les conjoints ont des nationalités différentes, ou que l’un est thaïlandais et l’autre étranger, c’est généralement le droit thaïlandais qui régit le divorce.
Documents nécessaires
Une procédure judiciaire exige davantage de documents qu’une visite à l’amphur :
- Les passeports ou cartes d’identité des deux conjoints
- Le certificat de mariage. S’il est étranger, il vous faudra une traduction thaïlandaise certifiée et une légalisation par le ministère des Affaires étrangères
- Des preuves à l’appui de vos motifs de divorce
- Des documents sur les biens, les revenus et les enfants, en vue du partage et des décisions de garde
Comment ça se passe
Vous déposez le dossier par l’intermédiaire d’un avocat thaïlandais, auprès du tribunal des affaires familiales compétent, généralement celui du lieu de résidence de votre conjoint ou du lieu lié au mariage ou aux biens. Le tribunal oriente d’abord les deux parties vers une médiation, dans l’espoir d’un règlement à l’amiable. De nombreux dossiers contentieux se transforment en accord négocié à ce stade, une issue plus rapide et moins coûteuse pour tout le monde.
Si la médiation échoue, l’affaire passe à des audiences où chaque partie présente ses preuves, et un juge statue sur le divorce, le partage des biens et la garde. Un avocat thaïlandais est ici véritablement indispensable : les débats se déroulent en thaï, et les documents ne pardonnent aucune erreur.
Coût et délais
C’est là que la facture grimpe. Les honoraires d’avocat pour un divorce contentieux se situent généralement entre 50 000 THB et plusieurs centaines de milliers de bahts, selon l’intensité du conflit sur l’argent et les enfants. Un dossier non contentieux qui doit simplement passer par le tribunal en raison d’un mariage étranger reste en bas de cette fourchette.
Côté délais, comptez en mois, pas en jours. Un dossier simple peut se régler en quelques mois. Un dossier réellement contentieux, avec biens et garde en litige, peut s’étirer au-delà d’un an.
Le partage des biens : sin somros et sin suan tua
Le droit thaïlandais classe tout ce que vous possédez en deux catégories, et cette distinction compte énormément au moment du divorce.
- Le sin suan tua désigne les biens personnels : tout ce que vous possédiez avant le mariage, ainsi que les dons et héritages reçus pendant celui-ci. Ces biens restent la propriété de leur détenteur.
- Le sin somros désigne les biens communs : tout ce qui est acquis pendant le mariage. Ces biens sont partagés à parts égales, peu importe le nom inscrit dessus.
Le partage à parts égales des biens communs constitue la règle par défaut, et elle s’applique plus strictement qu’on ne le pense. Les tribunaux thaïlandais présument que les biens acquis pendant le mariage sont communs, même lorsque le nom d’un seul conjoint figure sur les documents.
Pour les étrangers, le point sensible concerne les terrains et les maisons. Un étranger ne pouvant pas posséder de terrain en Thaïlande, le domicile familial est presque toujours enregistré au nom du conjoint thaïlandais. On pourrait croire que cela lui appartient entièrement. Pas si vite.
Dans un arrêt de la Cour suprême de 2022 (décision 1523/2565), le tribunal a jugé qu’une maison achetée pendant le mariage constituait un bien commun, alors même qu’elle était enregistrée au nom du conjoint thaïlandais et que le bureau des terres l’avait classée comme bien personnel. Le tribunal a également reconnu que, lorsqu’un conjoint étranger avait financé le bien avec ses propres fonds, il avait le droit de se faire rembourser le montant prouvé de sa contribution.
La leçon pratique : conservez vos justificatifs. Virements bancaires, reçus, tout ce qui prouve votre contribution. Si vous devez un jour la réclamer, ce sont les preuves qui feront la différence.
La garde des enfants
Si vous avez des enfants, la garde est généralement l’aspect le plus délicat, et les tribunaux thaïlandais tranchent avant tout selon un principe : l’intérêt supérieur de l’enfant, et non les préférences de l’un ou l’autre parent.
La garde, appelée autorité parentale, peut être confiée à un seul parent ou partagée entre les deux. Dans un divorce à l’amphur, vous et votre conjoint définissez vous-mêmes les modalités de garde dans l’accord de divorce. Dans un divorce judiciaire, c’est le juge qui décide, en évaluant lequel des deux parents peut offrir à l’enfant le foyer le plus stable.
Il existe un piège que les pères étrangers ont intérêt à connaître. Si vous n’avez jamais été légalement marié à la mère, le droit thaïlandais considère celle-ci comme seule titulaire de l’autorité parentale par défaut, et le père ne dispose d’aucun droit de garde automatique. Pour l’obtenir, il faut d’abord faire reconnaître légalement l’enfant auprès du bureau de district ou du tribunal. Les pères mariés ne rencontrent pas ce problème, mais il prend totalement au dépourvu de nombreux pères non mariés.
Autre point : la garde n’est pas nécessairement définitive. Si les circonstances changent et que cela nuit à l’enfant, un tribunal peut réexaminer et modifier l’arrangement par la suite.
Ce qu’il advient de votre visa de mariage
C’est l’aspect qui prend le plus souvent les étrangers au dépourvu, et celui que presque personne n’anticipe.
Si vous résidez en Thaïlande grâce à un visa de mariage, l’extension Non-O fondée sur le mariage avec un ressortissant thaïlandais, ce visa est directement lié à votre union. Dès le divorce, son fondement disparaît et l’extension n’est plus valable. Impossible de tenir jusqu’à sa date d’expiration.
En pratique, vous êtes censé quitter la Thaïlande dès que le divorce est enregistré. L’immigration accorde généralement un court délai de grâce, souvent d’environ sept jours, pour vous organiser et partir. Dépasser ce délai entraîne des amendes et peut vous valoir une interdiction de réentrée : mieux vaut ne pas prendre ce risque.
Si vous souhaitez rester en Thaïlande après le divorce, anticipez. Voici vos options :
- Passer à un autre visa avant que le divorce ne soit définitif, comme un visa retraite si vous avez plus de 50 ans, un visa affaires avec permis de travail, ou une option longue durée telle que le visa Elite ou LTR
- Si vous avez la garde d’un enfant thaïlandais, vous pourriez rester grâce à un visa fondé sur la prise en charge de cet enfant
L’erreur à éviter est de finaliser le divorce sans plan de visa, puis de se retrouver dans l’urgence. Organisez d’abord votre prochain visa, divorcez ensuite.
Faire valoir votre divorce thaïlandais à l’étranger
Un divorce enregistré en Thaïlande est valable en Thaïlande. Le faire reconnaître dans votre pays d’origine constitue une étape distincte, généralement nécessaire pour vous remarier ou mettre à jour vos registres officiels.
La procédure est la même que celle déjà évoquée dans cet article. Faites traduire votre certificat de divorce thaïlandais dans votre langue, faites légaliser la traduction par le ministère des Affaires étrangères, puis soumettez-la à l’autorité compétente de votre pays, qui pourra également exiger une authentification par sa propre ambassade.
Les règles varient selon les pays : vérifiez celles du vôtre avant de considérer qu’un divorce thaïlandais règle définitivement la question partout.
Questions fréquentes
Puis-je divorcer en Thaïlande si nous nous sommes mariés dans un autre pays ?
Oui, mais pas à l’amphur, sauf si vous enregistrez d’abord ce mariage étranger en Thaïlande. Sinon, le dossier doit passer par le tribunal des affaires familiales, même si vous êtes tous deux d’accord sur la séparation.
Combien de temps prend un divorce en Thaïlande ?
Un divorce non contentieux à l’amphur peut se régler en une seule journée. Un divorce judiciaire contentieux prend généralement plusieurs mois, davantage encore si les biens et la garde font l’objet d’un véritable litige.
Mon conjoint thaïlandais reçoit-il la moitié de tout ?
En gros, oui, pour les biens communs. Les biens acquis pendant le mariage sont partagés à parts égales par défaut, quel que soit le nom inscrit dessus. Les biens que vous possédiez avant le mariage, ainsi que les dons et héritages, restent les vôtres.
Qu’advient-il de mon visa de mariage après le divorce ?
Il devient invalide dès l’enregistrement du divorce, puisqu’il dépend du mariage. Vous êtes censé quitter la Thaïlande peu après, généralement sous une semaine environ, sauf si vous passez au préalable à un autre visa.
Ai-je besoin d’un avocat pour divorcer en Thaïlande ?
Pas pour un simple divorce à l’amphur, même si de nombreux couples en engagent un pour rédiger l’accord. Pour un divorce judiciaire contentieux, en revanche, un avocat thaïlandais est véritablement indispensable.
Un bref avertissement
Nous ne sommes pas avocats, et cet article constitue une information générale et non un conseil juridique. Chaque divorce dépend de circonstances propres, et les détails relatifs aux biens, à la garde et au visa peuvent influencer l’issue.
Si votre situation dépasse le cadre d’un simple divorce amiable à l’amphur, et surtout s’il s’agit d’une procédure judiciaire contentieuse, consultez un avocat thaïlandais spécialisé en droit de la famille avant d’agir.