Les tons thaïs existent aussi en anglais…
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Je croise sans arrêt des étrangers qui apprennent le thaï (ou qui cherchent des excuses pour ne pas s’y mettre) et qui me disent : « je n’arrive pas à entendre les tons, l’anglais n’a pas de tons ».
Eh bien, désolé de casser vos illusions, ou de vous retirer une excuse de plus pour ne pas apprendre le thaï… MAIS…
Même si l’anglais n’est pas une langue à tons, on y retrouve les cinq tons utilisés en thaï. On les utilise simplement à d’autres fins. En toute simplicité : en thaï, les tons servent à distinguer les mots, changez de ton et vous obtenez un mot différent. En anglais, en revanche, les tons servent à transmettre une charge émotionnelle. Personne, pas même Stephen Hawking (qui s’exprimait grâce à une voix de synthèse), ne parle anglais sans utiliser de tons. Ce serait une langue bien robotique et plate si c’était le cas.
Voici, selon moi, comment on utilise ces cinq tons thaïs dans notre anglais parlé au quotidien. Et on le fait totalement sans y penser.
Ton moyen : c’est le ton normal, celui de la voix parlée en anglais. Il n’y a pas grand-chose à en dire, sinon que c’est comme ça qu’on parle la plupart du temps. On pourrait croire que c’est le ton le plus facile à reproduire en thaï pour un non-natif, puisqu’il correspond au ton naturel de la voix. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Sans s’en rendre compte, les anglophones natifs ont tendance à moduler légèrement le ton en fin de mot. La plupart des gens doivent vraiment travailler pour prononcer correctement un mot thaï de ton moyen avec une voyelle longue et une finale vivante, car en anglais on modifie automatiquement le son final.
Ton bas : en anglais, ce ton sert typiquement pour des réponses évasives en un seul mot. Votre femme vous demande de sortir les poubelles pendant que vous regardez le foot. Vous répondez « sure » (« ouais »), mais sur un ton plus bas que votre voix normale. Cela signifie que vous avez bien entendu, mais que vous n’allez pas bondir pour sortir les poubelles tout de suite. Ce ton revient souvent en anglais pour des réponses où l’on montre qu’on a compris, sans pour autant s’engager ni dans un sens ni dans l’autre. En thaï, c’est un ton qu’on peut se permettre de négliger un peu : j’ai remarqué qu’il peut sonner comme un ton moyen à l’oral sans nuire à la compréhension.
Ton descendant : en anglais, ce ton exprime le regret ou la compassion face à ce qu’on nous dit. Un ami vous annonce que son chien s’est fait renverser, et vous répondez : « Ohhh, il va bien ? » Ce premier « Ohhh », prononcé sur un ton descendant, transmet à lui seul toute votre compassion. En thaï, ce ton est essentiel à bien assimiler. Entraînez-vous sur les mots à ton descendant qu’on retrouve dans les dialogues du quotidien.
Ton haut : ce ton est un peu plus délicat à expliquer en anglais, mais on l’utilise bel et bien. La difficulté vient du fait qu’en thaï, le ton haut démarre déjà plus haut que la voix normale, puis monte encore plus haut. En anglais, il exprime la surprise, le choc, une légère indignation ou un certain scepticisme. Quelqu’un vous dit : « hé, on vient de percuter ta voiture sur le parking ». Votre réponse : « quoi !? » Le mot commence haut et monte encore plus sur la fin. D’après mon expérience, ce ton et le ton bas sont probablement les moins critiques à maîtriser en thaï : on peut les brouiller un peu à l’oral sans trop nuire à la compréhension.
Ton montant : ce ton s’utilise en anglais pour poser des questions. Il est particulièrement visible sur les questions d’un seul mot, comme « what? » ou « right? ». C’est sans doute pour ça que la plupart des étrangers n’ont aucun mal à reproduire ce ton sur le mot interrogatif ไหม, qui est lui aussi (par pur hasard) un ton montant. Vous devez impérativement bien le placer quand vous parlez thaï à des Thaïs, car ils se montrent très peu indulgents sur ce point. Là encore, je vous conseille de parcourir les mots à ton montant qu’on retrouve dans les dialogues du quotidien, et de travailler jusqu’à ce que ça sonne juste. Prononcer un mot à ton montant avec un autre ton peut vous faire sortir du script plus vite que vous ne l’imaginez.
Comme vous pouvez le voir, rien qu’avec les quelques exemples donnés ici (et je suis sûr que tout anglophone natif pourrait en trouver bien d’autres), on reproduit bel et bien, et sans trop y réfléchir, les cinq tons thaïs au quotidien.
Le gros écueil, pour un anglophone natif qui essaie de parler thaï, c’est qu’on varie l’intonation des mots thaïs comme on le ferait en anglais. Et ça bloque tout dès le premier mot, car on ne peut pas changer le ton d’un mot thaï sans en changer le sens. C’est pour ça que les Thaïs ont des particules finales (plus d’une cinquantaine, je crois). Ce sont les petits mots qu’ils ajoutent pour donner une charge émotionnelle à ce qu’ils disent. Elles peuvent changer le sens d’une phrase : spéculatif, interrogatif, insistant, questionnant, etc.
Mais les particules finales, c’est une tout autre histoire, et un sujet sur lequel je ne suis pas qualifié pour écrire. J’en utilise peut-être 8 à 10 sur la cinquantaine, et souvent au mauvais moment ou au mauvais endroit dans la phrase. Si le sujet des particules finales (« codaphrases ») vous intéresse, lisez l’excellent article, très complet, rédigé par Don Sena : Codaphrases.
J’espère que cet article vous aura intéressé. S’il permet de retirer une mauvaise excuse de plus aux étrangers qui disent « je ne peux pas apprendre le thaï », alors j’aurai fait ma part.
Comme je l’ai déjà dit bien des fois, je suis loin d’être une lumière. Si j’arrive à parler quelque chose qui ressemble assez au thaï pour que les Thaïs me comprennent, alors n’importe qui, en s’y mettant vraiment, peut y arriver aussi.
Bonne chance.
Tod Daniels | toddaniels at gmail dot com